Entretien avec André DOLLFUS consultant pour la région Auvergne et sa collaboratrice Cynthia ITHIER.
La région Vakinankaratra, située sur les hauts plateaux, a été en 2007 la première région de Madagascar à se doter d’un Schéma Directeur
du Tourisme durable. Fruit d’une coopération décentralisée avec la région Auvergne en France, ce schéma 2007 -2012 prévoit notamment la création d’une offre novatrice en tourisme rural.Madagate.com a rencontré le Cabinet Tohana en charge de l’élaboration du Schéma régional et de la mise en œuvre du concept d’Accueil villageois.
MG : Pouvez-vous nous présenter succinctement les raisons de cette étude?
A.DOLLFUS : Le problème de départ est le suivant : le tourisme dans le Vakinankaratra n'est qu'un tourisme de passage lié à la RN7, on a estimé qu'il y a 20 à 25 000 personnes qui passent au moins une nuit dans la région pour un flux de 150 à 200 000 touristes sur la Nationale 7. L'idée est donc d’une part de capter de nouvelles clientèles et d’autre part d'allonger la durée du séjour sur le Vakinankaratra.
Nous avons réalisé un inventaire sur la région : il n'y a quasiment aucune "activité touristique organisée" permettant de combiner ensemble hôtellerie, restauration, activités, animations et services touristiques. De plus 80% des activités d'hôtellerie et de restauration sont localisées sur Antsirabe et les touristes – par manque d’offre- sont peu incités à quitter le corridor de la Nationale 7.
Il fallait donc rechercher des activités, des thèmes pouvant intéresser les touristes au-delà de la RN7, en tenant compte de la logique de (la) promotion réalisée à l’échelle du pays par l'Office National du Tourisme de Madagascar, à savoir : biodiversité, culture et patrimoine, sports-nature et aussi balnéaire.

MG : Comment en êtes vous venu au tourisme villageois?
C.ITHIER : La région Auvergne voulait orienter sa coopération sur le "développement territorial" à partir du tourisme. Nous avons examiné, en premier lieu, les différents sites répertoriés dans le PDR (Plan de développement général de la Région), sans y trouver de produits touristiques directement exploitables en dehors de l'axe routier.
A.DOLLFUS : Nous avons donc recherché des villages répondant aux critères thématiques mentionnés précédemment et dans lesquels le développement touristique pouvait être pris comme moteur de développement territorial, d'où l'idée de trouver des villages en dehors de la RN7 pour y développer avec les habitants des produits touristiques complets comprenant hébergement, restauration, activités, animations, etc…L’idée est ensuite de travailler avec des hôteliers déjà en place sur la RN7 pour qu'il montent des accords et proposent des circuits dans ces villages.
MG : Après avoir déterminé les villages ayant un réel potentiel humain, géographique, artisanal, vous avez donc lancer une phase de sensibilisation puis de formation des villageois. Expliquez nous comment?
C.I. : Nous avons sélectionné plusieurs villages pour leur potentiel touristique, six au départ, puis demandé aux villages de nous présenter des personnes prêtes à constituer une équipe d’accueil. Un travail de sensibilisation a été réalisé avec la population et les autorités locales (mairies) sur le principe du tourisme rural. Il a fallu « corriger » certaines idées toutes faites sur les attentes des touristes: l’hôtellerie de luxe n’est pas une obligation, le monde rural n’est pas sans intérêt pour les touristes, etc.
A.D. : Le Schéma Directeur est établi de 2007 à 2012, nous atteignons une première étape qui vise à démontrer qu'un tourisme villageois est possible, viable et vecteur d’échanges. Cette première étape est réalisée à partir des villages pilotes que vous avez visités en séjour-test ce mois de septembre. La suite du travail consistera à créer les conditions pour que les revenus du tourisme dans les villages permettent de développer l’artisanat, l’agriculture, la santé, l’éducation, la préservation de l’environnement.
MG : En quoi consiste la formation des membres des associations villageoises?
A.D. : En 2008 les membres des associations (chaque équipe villageoise est structurée en association), ont été formés au français, et surtout aux métiers de l’accueil tels qu’ils ont été définis avec les villages : cuisine, hébergement chez l’habitant, gardiennage, accompagnement en randonnée, animations, gestion et économat. Au-delà des premiers accueils tests de septembre 2008, ces formations vont se poursuivre en 2009 pour d’une part améliorer et compléter l’offre d’accueil et d’autre part soutenir des actions de développement territorial.

Le projet continue sur 2010-2011 avec l’ouverture de nouveaux sites afin de réaliser progressivement un maillage sur toute la région, sur la base de la méthode utilisée avec les premiers sites pilotes. L’objectif est de travailler en étroite relation avec l'Office Régional du Tourisme (ORTVA) aidé de la cellule technique tourisme mise en place en partenariat avec l’Auvergne. Cette Cellule technique regroupe à la fois des professionnels malgaches et français, tous animés d’une même volonté.
MG : Quel a été jusqu'à maintenant et quel sera le rôle de la région Vakinankaratra dans ce développement?
A.D. : Il faut rappeler que la décentralisation à Madagascar est encore récente. Les régions sont encours de structuration et leurs budgets ont été consacrés à des priorités évidentes : infrastructures, développement agricole, développement régional etc. Même si le tourisme n’est pas une activité prépondérante en Vakinankaratra, il peut contribuer au développement régional, notamment dans les zones rurales. C’est pourquoi, dans le cadre de la coopération décentralisée, nous avons orienté notre démarche autour de 4 axes :
- Consolider l'offre en produits touristiques notamment par la formation des acteurs.
- Organiser la promotion et la commercialisation. A ce sujet un "Éductour" est prévu pour présenter les produits d’accueil villageois aux Tours Opérateurs intéressés.
- Faire du tourisme un moteur de développement. L'argent généré par l’accueil villageois a vocation à être réinvesti localement.
- Assurer l'appui technique. La cellule technique tourisme a pour vocation à devenir entièrement malgache le moment venu.

MG : Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par "Éductour".
C. I. : Initialement prévu le dernier semestre 2008, nous l'avons repoussé à 2009, après la deuxième vague de formations.
A.D. : En gros, l'Éductour, c'est faire venir des T.O. choisis en fonction de leurs spécialités, leur montrer le produit fini d’accueil villageois, pour leur proposer de l’intégrer dans l’un de leurs circuits. Ce type d’accueil villageois est axé sur la rencontre avec un village et sa population. C’est une équipe de 12 villageois qui accueillent, animent et proposent des programmes d’activités pendant 2,4 ou 6 jours.
A noter que cet accueil villageois diffère d’autres formes de tourisme villageois existantes généralement plutôt axées sur l’itinérance et dans lesquelles l’accueil est réalisé par un habitant du village.
MG : Avez-vous envisagé la vente de ces produits seuls, sans les intégrer dans des circuits, sans T.O.?
A.D. : Le bouche à oreille, va être sans doute le premier vecteur, notamment pour les touristes résidents et nationaux.
Mais il ne faut pas se situer en dehors des circuits touristiques "traditionnels". On va devoir trouver un équilibre entre les deux. Le plus important est d’assurer la qualité des accueils, quelque soit le mode de commercialisation.

MG : Merci Cynthia et André pour ces explications, je vais pouvoir maintenant présenter les trois sites pilotes que nous avons eu la chance de visiter ensemble lors des séjours tests.
A.D. : Ce qu'il faut retenir, c'est que le processus est en cours, que les premiers tests sont concluants mais qu'il reste du chemin pour arriver à un produit complet, finalisé.
Aller trop vite, envoyer trop tôt des touristes mal informés comporte le risque de compromettre le projet dans sa globalité.
Les équipes d’accueil sont composées de villageois, le tourisme n'est pas leur activité principale et ne doit pas le devenir. Il doit juste être un vecteur du développement du village, par les échanges et les revenus qu’il génère. Merci.








